Donc, Antoine a commencé, à la rentrée 1991, à prendre deux fois par semaine un "taxi" (VSL) pour aller à ses séances "d'hôpital de jour". Cela se passait très bien, et il aimait beaucoup prendre le taxi. Un jour le chauffeur nous a même demandé s'il était possible qu'Antoine ait reconnu James Brown à la radio ? Oui, c'était possible. Mes enfants aiment beaucoup la musique, et ils ont une très bonne mémoire. J'ai souvent été tentée de les inscrire à un jeu télévisé...
Environ un vendredi après-midi par mois, j'étais convoquée à l'hôpital pour rencontrer l'équipe éducative, et en particulier le chef de service de l'hôpital de jour, un psychiatre, le Dr H. Cet homme, au vu du dossier d'Antoine, m'a posé beaucoup de questions sur ma grossesse, la naissance d'Antoine, notre vie de couple, ce qui me plaisait de moins en moins. En revanche, j'avais un bon contact avec l'éducatrice, qui visiblement connaissait beaucoup mieux mon fils et parlait de choses concrètes.
Début janvier 1992, je me suis retrouvée hospitalisée au service gynéco de ce même hôpital, pour cause de décollement de placenta, hémorragie, menace de fausse-couche, etc. J'étais enceinte de deux mois environ. Quelques jours plus tard, le lendemain de ma sortie, j'avais rendez-vous avec ce cher docteur H, à qui je raconte mes mésaventures : "Vous croyez que c'était une bonne idée de faire un autre enfant ?"
Hé bien, non seulement ça ne le regardait pas, mais en plus j'étais toujours enceinte, contrairement à ce qu'il semblait avoir compris. Grossesse toutefois compliquée, que j'ai passée en grande partie sur mon canapé, à regarder la télé, prenant ma voiture seulement quand je ne pouvais pas faire autrement, et qui m'a valu un autre séjour à l'hôpital en juin pour "menace d'accouchement prématuré".
Mais Théo est arrivé finalement à terme en juillet 92, accouchement cool (merci la péridurale) et Antoine, couvert de cadeaux, a trouvé que c'était sympa d'avoir un petit frère, et en a même profité pour devenir propre nuit et jour (j'ai dû acheter une seule fois des couches en deux tailles différentes). Entre temps, nous avions négocié l'entrée d'Antoine à la maternelle, avec une directrice caractérielle mais concernée. En plus, congé de maternité aidant, il avait sa mère à plein temps pour passer ce cap délicat.
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jeudi 12 février 2009
mercredi 4 février 2009
Le jour où j'ai failli tomber de ma chaise
Donc j'arrive dans le bureau du docteur B, je lui raconte notre histoire. Au bout d'un moment, me fixant derrière ses lunettes de hibou en écaille, il me demande abruptement : "Votre mari est libanais, vous habitez à tel endroit ?" Un peu estomaquée, je confirme. Alors, il m'annonce : "Je vous attendais. Je savais qu'un jour vous viendriez me voir". Moi, estomaquée, je me dis : cet homme est surnaturel, il a un don de voyance, ou quoi ?
Mais non, vous aurez peut-être deviné, j'avais fait un black-out total sur une partie des propos de notre ami G, et en particulier sur le nom de son ami pédo-psy. Je l'avais en face de moi, tout simplement.
Incroyable que j'aie pu occulter ça, et pourtant c'est la pure vérité.
Cet homme donc, une fois le quiproquo éclairci, me propose de recevoir Antoine au sein de "l'hôpital de jour", c'est-à-dire de l'accueillir deux fois par semaine dans un petit groupe encadré par un psychologue, une éducatrice spécialisée, une psychomotricienne, etc.
Ce jour-là, sans que je le sache, ma vie a basculé. J'ai découvert peu à peu ce monde peuplé de professionnels au titre un peu barbare. Pas de diagnostic, toutefois, concernant Antoine. Psychose infantile, autisme, ou autre, on a tout évoqué sans rien préciser.
Parallèlement, la vie continuait, et nous avions décidé (enfin, surtout moi) d'avoir un autre enfant. Comme si tout allait s'arranger, comme si nous étions face juste à un petit incident de parcours, bien géré, et qui ne devait pas influer sur nos projets.
Peu de temps après qu'Antoine a commencé à fréquenter l'hôpital de jour, j'ai été enceinte.
Mais non, vous aurez peut-être deviné, j'avais fait un black-out total sur une partie des propos de notre ami G, et en particulier sur le nom de son ami pédo-psy. Je l'avais en face de moi, tout simplement.
Incroyable que j'aie pu occulter ça, et pourtant c'est la pure vérité.
Cet homme donc, une fois le quiproquo éclairci, me propose de recevoir Antoine au sein de "l'hôpital de jour", c'est-à-dire de l'accueillir deux fois par semaine dans un petit groupe encadré par un psychologue, une éducatrice spécialisée, une psychomotricienne, etc.
Ce jour-là, sans que je le sache, ma vie a basculé. J'ai découvert peu à peu ce monde peuplé de professionnels au titre un peu barbare. Pas de diagnostic, toutefois, concernant Antoine. Psychose infantile, autisme, ou autre, on a tout évoqué sans rien préciser.
Parallèlement, la vie continuait, et nous avions décidé (enfin, surtout moi) d'avoir un autre enfant. Comme si tout allait s'arranger, comme si nous étions face juste à un petit incident de parcours, bien géré, et qui ne devait pas influer sur nos projets.
Peu de temps après qu'Antoine a commencé à fréquenter l'hôpital de jour, j'ai été enceinte.
C'est l'histoire d'un voyage en Italie...
qui s'est transformé en trekking aux Pays-Bas, pour reprendre la métaphore d'une autre mère. Bien sûr, quand j'ai mis Antoine en route, cinq ans après son frère aîné, je n'avais qu'une vague idée de mon futur enfant. Je pouvais imaginer qu'il nous ressemblerait, à son père et moi, qu'il grandirait, qu'il irait à l'école, qu'on l'aimerait très fort, qu'il nous ferait rire, et pleurer aussi. Une grande partie de ces choses s'est réalisée, bien sûr, mais on a eu des surprises.
Bon, c'était il y a un moment. Antoine va avoir vingt ans. C'est un grand gaillard blond aux yeux bleus, taillé en rugbyman ; il a beaucoup d'humour, une mémoire époustouflante, et la plupart du temps c'est une bonne pâte.
Il est né le jour de la fête nationale irlandaise, après un accouchement long et mémorablement pénible. C'était un gros (pour moi) bébé, avec une grosse tête au duvet blond. A part qu'il vomissait abondamment et fréquemment (pour recommencer à téter immédiatement), il a été un bébé plutôt sympa, dans le haut de la moyenne pour la taille et le poids.
Plutôt placide, il a marché tard - 21 mois - mais, disait sa nounou "il ne peut pas tout faire en même temps, il a eu ses dents de bonne heure". Il ne parlait pratiquement pas.
Il ne dormait pas très bien. Vers 18 mois, il a commencé a avoir un comportement "pénible" en certaines circonstances. Je me souviens d'un dîner chez nos voisins, que j'ai dû quitter de bonne heure, car Antoine ne me lâchait pas, criait, pleurait, m'empêchait de manger, de bavarder, de prêter attention à qui que ce soit d'autre que lui.
Et puis, un jour, notre ami G, psychiatre de son état, est venu dîner à la maison. Antoine était dans l'entrée ; dès qu'il a vu G, il s'est jeté par terre et s'est frappé la tête sur le carrelage. G n'a rien dit, nous, gênés, avons fait à peu près comme si de rien n'était. Au bout d'un moment, Antoine s'est calmé et une heure après, il tournait autour de nous en quêtant des biscuits apéritif, et se montrait totalement détendu et amical.
A la fin du dîner, G est revenu sur l'incident, nous disant en particulier "Votre enfant est angoissé. Ce n'est pas parce qu'il ne parle pas qu'il ne faut pas lui parler. Il a du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. Son frère aîné (Adrien, mon fils d'un premier lit) part souvent avec un monsieur. Comment peut-il savoir s'il va revenir et quand ? Comment peut-il ne pas s'imaginer qu'un jour un monsieur va venir le chercher lui aussi ? Parlez-lui, rassurez-le."
Il nous a aussi recommandé un ami pédo-psychiatre, chef de service dans l'hôpital le plus proche de chez nous.
Nous avons suivi (presque tous) ses conseils : nous avons parlé à Antoine, lui répétant inlassablement (y compris quand il se réveillait à deux heures du matin en hurlant) que nous étions ses parents, que nous l'aimions très fort, qu'ici était sa maison et que personne ne l'emmènerait ailleurs. Nous avons commencé à lui expliquer systématiquement tous les évènements imprévus ou sortant de l'ordinaire. Un soir, notre voisin, D, médecin généraliste, est passé alors qu'Antoine était couché. Nous discutions dans l'entrée et Antoine s'est mis à pleurer à l'étage. D a eu l'air étonné quand j'ai expliqué : "Je pense qu'il t'a entendu et qu'il se demande ce qui se passe". Je suis allée chercher Antoine pour qu'il voie D et je lui ai dit qu'il n'allait pas rester, qu'il allait rentrer chez lui, et nous, rester chez nous. Ses pleurs se sont calmés.
Mais il continuait à se taper la tête, par terre, ou même contre les radiateurs. Nous avons des photos de cette époque où son front n'est qu'un hématome. Ses cheveux avaient seulement commencé à pousser, blonds et bouclés. Une de mes soeurs m'a dit à cette époque : "On dirait qu'il a un point d'interrogation au-dessus de la tête".
Antoine avait le même comportement possessif avec la nounou, et piquait en particulier des crises lorsque le mari de celle-ci rentrait à la maison le soir.
Quand Antoine avait un an, j'ai fait une dépression et j'ai commencé une psychothérapie chez une psychiatre. Au bout d'un an à peu près, je lui ai parlé d'Antoine et elle m'a conseillé de demander l'avis d'un pédo-psychiatre. A reculons, j'ai commencé à me renseigner, et pris rendez-vous avec le docteur B, à l'hôpital.
Bon, c'était il y a un moment. Antoine va avoir vingt ans. C'est un grand gaillard blond aux yeux bleus, taillé en rugbyman ; il a beaucoup d'humour, une mémoire époustouflante, et la plupart du temps c'est une bonne pâte.
Il est né le jour de la fête nationale irlandaise, après un accouchement long et mémorablement pénible. C'était un gros (pour moi) bébé, avec une grosse tête au duvet blond. A part qu'il vomissait abondamment et fréquemment (pour recommencer à téter immédiatement), il a été un bébé plutôt sympa, dans le haut de la moyenne pour la taille et le poids.
Plutôt placide, il a marché tard - 21 mois - mais, disait sa nounou "il ne peut pas tout faire en même temps, il a eu ses dents de bonne heure". Il ne parlait pratiquement pas.
Il ne dormait pas très bien. Vers 18 mois, il a commencé a avoir un comportement "pénible" en certaines circonstances. Je me souviens d'un dîner chez nos voisins, que j'ai dû quitter de bonne heure, car Antoine ne me lâchait pas, criait, pleurait, m'empêchait de manger, de bavarder, de prêter attention à qui que ce soit d'autre que lui.
Et puis, un jour, notre ami G, psychiatre de son état, est venu dîner à la maison. Antoine était dans l'entrée ; dès qu'il a vu G, il s'est jeté par terre et s'est frappé la tête sur le carrelage. G n'a rien dit, nous, gênés, avons fait à peu près comme si de rien n'était. Au bout d'un moment, Antoine s'est calmé et une heure après, il tournait autour de nous en quêtant des biscuits apéritif, et se montrait totalement détendu et amical.
A la fin du dîner, G est revenu sur l'incident, nous disant en particulier "Votre enfant est angoissé. Ce n'est pas parce qu'il ne parle pas qu'il ne faut pas lui parler. Il a du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. Son frère aîné (Adrien, mon fils d'un premier lit) part souvent avec un monsieur. Comment peut-il savoir s'il va revenir et quand ? Comment peut-il ne pas s'imaginer qu'un jour un monsieur va venir le chercher lui aussi ? Parlez-lui, rassurez-le."
Il nous a aussi recommandé un ami pédo-psychiatre, chef de service dans l'hôpital le plus proche de chez nous.
Nous avons suivi (presque tous) ses conseils : nous avons parlé à Antoine, lui répétant inlassablement (y compris quand il se réveillait à deux heures du matin en hurlant) que nous étions ses parents, que nous l'aimions très fort, qu'ici était sa maison et que personne ne l'emmènerait ailleurs. Nous avons commencé à lui expliquer systématiquement tous les évènements imprévus ou sortant de l'ordinaire. Un soir, notre voisin, D, médecin généraliste, est passé alors qu'Antoine était couché. Nous discutions dans l'entrée et Antoine s'est mis à pleurer à l'étage. D a eu l'air étonné quand j'ai expliqué : "Je pense qu'il t'a entendu et qu'il se demande ce qui se passe". Je suis allée chercher Antoine pour qu'il voie D et je lui ai dit qu'il n'allait pas rester, qu'il allait rentrer chez lui, et nous, rester chez nous. Ses pleurs se sont calmés.
Mais il continuait à se taper la tête, par terre, ou même contre les radiateurs. Nous avons des photos de cette époque où son front n'est qu'un hématome. Ses cheveux avaient seulement commencé à pousser, blonds et bouclés. Une de mes soeurs m'a dit à cette époque : "On dirait qu'il a un point d'interrogation au-dessus de la tête".
Antoine avait le même comportement possessif avec la nounou, et piquait en particulier des crises lorsque le mari de celle-ci rentrait à la maison le soir.
Quand Antoine avait un an, j'ai fait une dépression et j'ai commencé une psychothérapie chez une psychiatre. Au bout d'un an à peu près, je lui ai parlé d'Antoine et elle m'a conseillé de demander l'avis d'un pédo-psychiatre. A reculons, j'ai commencé à me renseigner, et pris rendez-vous avec le docteur B, à l'hôpital.
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