mercredi 4 février 2009

C'est l'histoire d'un voyage en Italie...

qui s'est transformé en trekking aux Pays-Bas, pour reprendre la métaphore d'une autre mère. Bien sûr, quand j'ai mis Antoine en route, cinq ans après son frère aîné, je n'avais qu'une vague idée de mon futur enfant. Je pouvais imaginer qu'il nous ressemblerait, à son père et moi, qu'il grandirait, qu'il irait à l'école, qu'on l'aimerait très fort, qu'il nous ferait rire, et pleurer aussi. Une grande partie de ces choses s'est réalisée, bien sûr, mais on a eu des surprises.
Bon, c'était il y a un moment. Antoine va avoir vingt ans. C'est un grand gaillard blond aux yeux bleus, taillé en rugbyman ; il a beaucoup d'humour, une mémoire époustouflante, et la plupart du temps c'est une bonne pâte.
Il est né le jour de la fête nationale irlandaise, après un accouchement long et mémorablement pénible. C'était un gros (pour moi) bébé, avec une grosse tête au duvet blond. A part qu'il vomissait abondamment et fréquemment (pour recommencer à téter immédiatement), il a été un bébé plutôt sympa, dans le haut de la moyenne pour la taille et le poids.
Plutôt placide, il a marché tard - 21 mois - mais, disait sa nounou "il ne peut pas tout faire en même temps, il a eu ses dents de bonne heure". Il ne parlait pratiquement pas.
Il ne dormait pas très bien. Vers 18 mois, il a commencé a avoir un comportement "pénible" en certaines circonstances. Je me souviens d'un dîner chez nos voisins, que j'ai dû quitter de bonne heure, car Antoine ne me lâchait pas, criait, pleurait, m'empêchait de manger, de bavarder, de prêter attention à qui que ce soit d'autre que lui.
Et puis, un jour, notre ami G, psychiatre de son état, est venu dîner à la maison. Antoine était dans l'entrée ; dès qu'il a vu G, il s'est jeté par terre et s'est frappé la tête sur le carrelage. G n'a rien dit, nous, gênés, avons fait à peu près comme si de rien n'était. Au bout d'un moment, Antoine s'est calmé et une heure après, il tournait autour de nous en quêtant des biscuits apéritif, et se montrait totalement détendu et amical.
A la fin du dîner, G est revenu sur l'incident, nous disant en particulier "Votre enfant est angoissé. Ce n'est pas parce qu'il ne parle pas qu'il ne faut pas lui parler. Il a du mal à comprendre ce qui se passe autour de lui. Son frère aîné (Adrien, mon fils d'un premier lit) part souvent avec un monsieur. Comment peut-il savoir s'il va revenir et quand ? Comment peut-il ne pas s'imaginer qu'un jour un monsieur va venir le chercher lui aussi ? Parlez-lui, rassurez-le."
Il nous a aussi recommandé un ami pédo-psychiatre, chef de service dans l'hôpital le plus proche de chez nous.
Nous avons suivi (presque tous) ses conseils : nous avons parlé à Antoine, lui répétant inlassablement (y compris quand il se réveillait à deux heures du matin en hurlant) que nous étions ses parents, que nous l'aimions très fort, qu'ici était sa maison et que personne ne l'emmènerait ailleurs. Nous avons commencé à lui expliquer systématiquement tous les évènements imprévus ou sortant de l'ordinaire. Un soir, notre voisin, D, médecin généraliste, est passé alors qu'Antoine était couché. Nous discutions dans l'entrée et Antoine s'est mis à pleurer à l'étage. D a eu l'air étonné quand j'ai expliqué : "Je pense qu'il t'a entendu et qu'il se demande ce qui se passe". Je suis allée chercher Antoine pour qu'il voie D et je lui ai dit qu'il n'allait pas rester, qu'il allait rentrer chez lui, et nous, rester chez nous. Ses pleurs se sont calmés.
Mais il continuait à se taper la tête, par terre, ou même contre les radiateurs. Nous avons des photos de cette époque où son front n'est qu'un hématome. Ses cheveux avaient seulement commencé à pousser, blonds et bouclés. Une de mes soeurs m'a dit à cette époque : "On dirait qu'il a un point d'interrogation au-dessus de la tête".
Antoine avait le même comportement possessif avec la nounou, et piquait en particulier des crises lorsque le mari de celle-ci rentrait à la maison le soir.
Quand Antoine avait un an, j'ai fait une dépression et j'ai commencé une psychothérapie chez une psychiatre. Au bout d'un an à peu près, je lui ai parlé d'Antoine et elle m'a conseillé de demander l'avis d'un pédo-psychiatre. A reculons, j'ai commencé à me renseigner, et pris rendez-vous avec le docteur B, à l'hôpital.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire